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Anxiophobie sévère - Exemplarité d'un cas clinique

AnxiophobieUne publication de José NEVE

Directeur de l'Ecole Professionnnelle de Sophrologie de l'Artois - Sophrologue

 

L‘étude de cas est tout à fait intéressante pour plusieurs raisons. La première est la crédibilité dans le contexte. D'une part, ce patient qui se prénomme X... m'est envoyé par un médecin Lillois qui le soigne depuis trente ans et d'autre part, la personnalité professionnelle de X... qui occupe un poste de haut fonctionnaire. La deuxième raison est qu'en effet, sans ce préalable, j’aurais pu croire que X affabulait, tellement ce qu'il me racontait de ses symptômes était quasi hallucinant. La troisième raison était liée à la personnalité propre de X..., comme trempée dans l'acier. Lorsque je le reçu la première fois, il m'indiqua me faire confiance dans la limite de la confiance qu’il accordait au médecin qui me l'avait envoyé, rien de plus!

J'imaginais déjà le sieur X... dans quelques semaines dénoncer avec courtoisie mais fermeté le travail de la cure et prendre congé.

Certes, on ne peut faire l'économie d'un certain doute chez les patients, mais chez X... le doute était réellement pathologique, c'était un composant de sa pathologie dont le centre était une peur récurrente insupportable. La logique de X... était rationnelle, implacable; pour moitié elle le desservait, et pour l'autre, lui évitait d'imploser littéralement, ce qui lui valait d'exercer sa profession sans problème, sans même que son entourage s'aperçoive de quoi que ce soit.

Avec X..., rien n'était laissé au hasard, tout était calculé. Pendant toute la durée de la cure qui commence au mois d‘avril 2006, il vint me voir tous les vendredis à 15h 45 précisément. Je pris la décision d‘établir l'Alliance avec le coté de sa personnalité placée en quelque sorte sous les auspices d'un surmoi interdictif l’autorisant comme il le disait lui-même à dévoiler un espace neutre pour pratiquer ce que nous appelons la réduction des jugements, a priori et autres pré-supposes, la mise entre parenthèse du doute pathologique.

Chaque séance dura une heure un quart et se présenta de la façon suivante: environ 20 a 25 minutes de dialogues pré sophronique, 35 minutes environ pour le protocole et le reste soit 15 minutes pour recueillir ses sentiments. Il était vital pour X... de me raconter son vécu de la semaine, tellement ce dernier le dépassait, le rongeait, comme un feu intérieur qui ne s'éteignait jamais. X... est un gaillard massif, environ 1m85, solidement charpenté, âgé de 51 ans et portant une belle et grande moustache lui permettant vraisemblablement de dissimuler la majeure partie des émotions qu'il pouvait afficher.

Les principaux traits de sa personnalité présentaient sur un fond anxieux permanent et un état d'alarme constant, des conduites manifestes d‘évitement et de surcompensation

Tout cela se traduisait dans la vie de tous les jours, sociale, familiale et professionnelle par des réactions cognitives et comportementales extrêmement pénibles, face a des situations au demeurant simples comme la prise d'un ascenseur, la position debout devant une fenêtre ou la télévision ou encore prendre le train, en descendre, ou faire une simple analyse de sang. X... me répéta sans cesse au début de la cure, "je vis un enfer, je suis dans un arbre depuis trente ans". En l’écoutant, je ne savais pas que j‘étais encore très loin de pouvoir imaginer sa réalité. D'ailleurs, avec le recul, je me suis souvent demandé ce que serait devenu X... et comment il aurait vécu ce véritable drame qu'il allait connaitre, s‘il n‘avait pas entrepris ce travail de conciliation avec lui-même.

Anxiophobie Agoraphobie

Le travail avec X... fait la démonstration éclatante de l’utilité de la deuxième loi Caycedienne : la répétition vivantielle avec pour conséquence après l'accès à une nouvelle conscience, une véritable continuité euphronique pour exister pleinement.

X... était un patient qui ne voulait plus subir la tyrannie émotionnelle d'une personnalité pathologique. En l‘occurrence en ce qui le concernait, une personnalité évitante associée à des traits hystériques et des conduites de surcompensation qui lui ruinaient l'existence.
Contrairement à d'autres patients, le principe d’adaptabilité a peu joué. Avec X..., c’est surtout la répétition vivantielle qui a donné son plein effet.

Je commençais donc la cure par les techniques clé et au bout de quelques séances à raison d'une séance par semaine, j'enregistrais un protocole audio d'environ 30 minutes (sophro activation de la présence de l'axe respiratoire) afin que X... s'entraine si possible tous les jours. Si tenté de croire qu‘il y eut un miracle, c’est la sagacité, le sérieux et la rigueur de X... qui officièrent, car tous les jours a 19 heures, X... passait trente minutes avec lui-même.  

Phénos descriptions des premières séances:
  • 1ère séance - mots clé : Expérience curieuse.
  • 2ème séance - mots clé : C'est dingue, c’est fou ! Dieu sait: que j‘étais, tendu, mais je me sens bien.
  • 3ème séance - mots clé : Je me sens déstabilisé.
  • 4ème séance - mots clé : Bien, mais méfiant. Bruno ne va pas bien. 
  • 6ème séance - mots clé : Réalité de la respiration.
  • 8ème séance - mots clé : Sérénité.
  • 10ème séance - mots clé : Silence intérieur. 
  • 11ème séance - mots clé : Calme, sérénité, bien être. Il est étonné et me dit : "on a plus souvent le vocabulaire de ses souffrances".

Au fil des mois, X... sentait que quelque chose changeait dont il avait néanmoins beaucoup de mal à s‘expliquer le bien fondé, car le doute était tenace. Au fil des pratiques, X... me faisait écho de changements comportementaux sensibles dans la vie de tous les jours, il faisait d‘ailleurs, me disait-il, des expériences. L'une d'elle était de se tenir debout au milieu de la gare de Lille pendant trois quart d‘heure afin de solliciter un état de “panique" qui en fin de compte ne venait plus. Une autre, expérimenter la posture debout devant la télé ou une fenêtre sans ressentir d’étranges impressions, etc. Il faut bien se rendre compte que la seule vue d'une voiture de pompiers lui faisait faire demi-tour, ou encore, une collègue qui se sentait mal à coté de lu,i à la cantine et il se sauvait à toutes jambes, ou écoutant un collègue lui raconter un match de foot, avoir une envie irrésistible de se jeter par la fenêtre.

"Je me sens beaucoup mieux, mais ce n'est pas normal !"

X... faisait de réels progrès mais paradoxalement, au lieu de le rassurer, ce nouvel état avait tendance à l’inquiéter; de nombreuses fois il me répéta " je me sens beaucoup mieux, mais ce n'est pas normal, on continu !"

Phénos descriptions :
  • 13ème séance - mots clé : Sérénité; paix en moi.  
  • 15ème séance - mots clé : Qu'est ce que je suis bien! Mon doute diminue.
  • 17ème séance - mots clé : Sentiment que je vais m'en sortir
  • 18ème séance - mots clé : je me sens dans une bulle protégé, rien ne peut m'arriver.
  • 22ème séance - mots clé : je me sens en SECURITE.

X... continuait à pratiquer tous les jours et les progrès  se confirmèrent

Tout en espaçant nos rendez-vous à la quinzaine, X... continuait de pratiquer tous les jours et bien entendu les progrès se confirmèrent, X... allait de mieux en mieux et avait pris conscience d'un sentiment nouveau pour lui, d'une nouvelle réalité existentielle. Son médecin prescrivit l‘arrêt progressif des psychotropes qu'il prenait depuis fort longtemps, mais il arrêta le traitement plus rapidement, “j'avais l’impression que les pompiers venaient éteindre un feu qui n'existait plus" m'affirma t il !.

Les mois passèrent, l‘état de X... s'améliorait, de se renforcer, X... ne venait plus qu’une fois par mois à mon cabinet, il continuait de pratiquer les protocoles, tout allait pour le mieux jusqu'au jour ou ...

Un certain vendredi où j'avais rendez-vous avec X... comme d'habitude à 15h45, je me rendis environ trente minutes avant au café en face de mon cabinet pour y prendre une collation et en rentrant dans l’établissement, je vis X... assis, portant des lunettes noires. Il me vit, m‘intima de m‘asseoir, m‘offrit un café et me raconta ce qui aujourd'hui encore est pour moi tout à fait incroyable.

X... avait comme beaucoup d‘hommes et de femmes de son âge une cataracte sur l'œil droit, il le savait, son ophtalmologue le connaissant, avait pris toutes les précautions pour lui expliquer sa pathologie, laquelle au fond n'avait rien de dramatique. X... était gêné par une légère opacité à l'œil droit et il s'en arrangeait en attendant qu'un jour. Et ce jour, il ne pouvait même pas l’imaginer, je veux parler du jour d‘une opération de 25 minutes qui se renouvelle environ 400.000 fois par an en France, ce n‘était pas un problème, sauf pour X...

Quelques jours avant notre rendez-vous, afin de contrôler cette opacité qui commençait à le gêner, il avait pris rendez-vous avec son ophtalmologue habituel, mais ce dernier était en vacances. Il décida donc de consulter un confrère. Le praticien qui voyait X... pour la 1ere fois examina ses yeux et lui annonça tout de go "cataracte sur les deux yeux, il faut penser à l’opération".
A l’instant même où X... entendit ce que le praticien diagnostiquait et préconisait, X... perdit 9/10 de la vue. Malgré que le praticien lui confirma que sauf les effets de la cataracte (opacité du cristallin) ses yeux étaient en parfait état, il quitta le cabinet du praticien avec 1/10 de vue disponible et rejoignit le mien avec beaucoup de difficultés.

Que s'était il passé?

A l'annonce du diagnostic, l’hyperémotivité fut telle, qu'elle bloqua au niveau des cortex visuels l’interprétation des messages visuels rétiniens.

X... était atteint d'une forme de cécité corticale momentanée

Je savais qu'elle était momentanée, mais pas X..., pour lui c'était le drame.

Je pratiquais avec lui la 27ème séance dans des conditions difficiles, au début il n'y était pas et petit a petit il se sentit mieux et malgré quelques traces d'anxiété bien légitimes, il se disait prêt a rentrer chez lui malgré une quasi-cécité. En prenant congé, je tentais de le rassurer en lui affirmant que tout reviendrait à la normale hormis les effets de la cataracte et que les symptômes qu’il avait connus avant la cure ne reviendraient plus. En me quittant, je vis qu‘il n'était pas vraiment convaincu et que de nouveau ses doutes l’assaillaient. Il fit son chèque, il prit congé, accablé, je crus ne plus jamais le revoir.

Je vécus la quinzaine de jours qui précéda le prochain rendez vos comme une des plus difficiles de ma vie, car c'était la première fois que j'affirmais que les symptômes anciens ne pouvaient revenir, c‘était la conclusion de douze années d'études et de recherches, j‘en avais la quasi-certitude, mais en voyant dans quel état se trouvait X..., je ne pouvais tarir tous mes doutes.

Quelques semaines auparavant, X... m‘avait dit ceci "je me sens tellement bien que je suis capable de revivre comme avant ". Cette phrase m’avait interpellé, j'avais pris la mesure de son intensité, en d'autres termes, il avait connu l'Eden, et fort de cela se sentait assez prêt à revivre l‘enfer. Sa pensée allait au-delà de ses souhaits profonds, au fond de lui-même il souhaitait bien entendu que je ne me trompe pas. La quinzaine passa, égrenant les jours qui me paraissaient interminables et au cours desquels je pris la terrible décision dans le cas où les symptômes anciens de Bruno réapparaitraient de cesser immédiatement ma profession de sophrologue, tirant ainsi un trait sur quinze années de ma vie, consacrées à la recherche sur une méthode dont j‘avais acquis la quasi-certitude d'une profonde efficacité car elle respectait le sens même de la nature, de la biologie, de lamatière vivante et pensante a travers son évolution, ce que j'ai appelé la "CONCILIENCE".

Le 1er juin 2007 à 15h45 la porte de mon cabinet s'ouvrit, la haute silhouette de X... apparut, un large sourire embrassait ses longues moustaches et s'adressant a moi, me lança, "comment va Monsieur NEVE ? »

Vous avez compris, c'était gagné, tous les symptômes disparurent en quelques jours, il avait retrouvé le calme, la sérénité et une vue "normale" hors l'opacité de son cristallin. En retrouvant joie et force, il avait pris conscience de la réalité de sa pathologie oculaire et avait  pris toutes les dispositions pour se faire opérer du premier œil quelques semaines après. Trois mois après, non sans quelques petites difficultés, X... se fit donc opérer de la cataracte et de la meilleure des façons sur le deuxième œil. Avant chaque opération il vint : me voir pour pratiquer un protocole adéquat. Dans l'une des meilleures cliniques ophtalmo de France à Lambersart, près de Lille, il eut un des meilleurs chirurgiens et un anesthésiste extraordinaire et aujourd'hui X... a deux yeux neufs et une conscience neuve, il dit "qu'il voit la vie autrement", nous voulons bien le croire.
Comme avec la plupart de mes patients il y a toujours un épilogue, que ce soit avec une jeune maman atteinte de la sclérose en plaques qui vient me présenter une merveilleuse petite fille (bébé Sophro), ou un jeune homme atteint de la maladie de CROHN depuis 10 ans et dont la pathologie se stabilise, qui m'invite à son mariage, etc. X... ne fit pas exception à la règle. Comme des dizaines d'autres patients, il revint me voir, me remercia, et eu cette phrase qui vint se graver dans ma mémoire. Lorsque le chirurgien s'apprêta à l’opérer, allongé sur la table d'opération, X... saisit le revers de la blouse blanche du chirurgien et lui dit “

" N‘oubliez pas Docteur qu'autour de mon œil il y a un être humain ! "

Par la suite X... m'envoya C... sa femme pour résorber selon le diagnostic d'un psychiatre avec qui je travaille, un trouble anxieux généralisé.

Quant au docteur R..., le médecin de X..., il s’est inscrit a l'E.S.A. Ecole Professionnelle de Sophrologie Caycédienne de l‘Artois. Aujourd'hui, trois ans après, il est titulaire du diplôme de Master Spécialiste en Sophrologie Caycédienne et peut exercer dans la branche clinique.

On peut avancer sans renier nécessairement le passé, mais en utilisant les outils du présent et surtout en imaginant déjà les outils du futur

La méthode conçue par le Professeur Caycedo est un extraordinaire outil du futur

Lille Juin 2008